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mercredi, 12 mars 2014

Le plus ancien bateau cousu de Méditerranée

 

 

L'épave de Zambratija en Croatie − Ph. Groscaux, CNRS, CCJ

L'épave de Zambratija en Croatie − Ph. Groscaux, CNRS, CCJ

Giulia Boetto, archéologue naval, est chargée de recherches au CNRS, dans le Centre Camille Jullian à Aix-en-Provence.

Vous venez de participer à la découverte d'une épave très rare. De quoi s'agit-il ?

Il s'agit des restes d'un bateau d'une douzaine de mètres de long, dont un peu plus de la moitié de la coque est conservée. Elle se trouve à Zambratija en Croatie, à une cinquantaine de kilomètres de Trieste. C'est un pêcheur qui en a indiqué l'emplacement à deux archéologues croates (Ida Koncani du musée archéologique d'Istrie et Marko Uhač du ministère de la culture). Au départ, ils pensaient qu'elle datait sans doute de l'époque romaine. Mais la datation au carbone 14 nous a tous surpris. Elle a révélé que l'épave était très ancienne : du XIIe siècle av. J.-C. environ, donc de l'âge du bronze !

 

En quoi cette découverte est-elle importante ?

Trouver un bateau de l'âge du bronze est exceptionnel. Certes, il existe des embarcations plus anciennes datant de cinq à six milliers d'années. Mais ce sont des pirogues de fleuve, creusées dans des troncs. Ce ne sont pas des bateaux assemblés de planches. Il y a quelques bateaux très anciens, comme ceux des Égyptiens sur le Nil, préservées au sec grâce aux pratiques funéraires de ces derniers. Il y a eu aussi un bateau de l'âge du bronze qui naviguait probablement en Manche découvert à Douvres en Angleterre et datant du XVIe siècle av. J.-C. Mais en Méditerranée, il n'y a pratiquement rien. C'est paradoxal, car elle est alors le lieu de civilisations florissantes, comme les Mycéniens ou les Phéniciens. La principale épave connue est celle d'Uluburun en Turquie, qui date du XIVe siècle av. J.-C. Elle est très importante, car sa cargaison témoigne d'un important commerce maritime en Méditerranée à l'époque. Mais elle n'a livré qu'un tout petit fragment de coque. Impossible de se faire une idée du bateau.

Le bateau croate était cousu. Qu'est-ce que cela signifie ?

Giulia Boetto (photo Ranko Frka)

 

C'est l'une de deux manières d'assembler la coque d'un bateau. Le principe est d'attacher ensemble les planches de la coque avec des liens, des cordes. Ces dernières passent à travers des trous pratiqués dans les planches, d'où ce nom de « cousu ». En Méditerranée, durant l'Antiquité, une autre type d'assemblage des planches, à base de tenons et mortaises, était également utilisé. Il requiert de fabriquer des milliers de petites languettes en bois dur, et de creuser des encoches dans chacune des planches. Il faut des charpentiers qui aient l'habitude de le faire. Par contre, l'entretien est plus simple. Car dans les bateaux cousus, les liens pourrissent et il faut les changer régulièrement. En outre, avec les tenons et mortaises, la coque obtenue, plus solide, supporte des tonnages plus importants. C'est une des raisons de la désaffection progressive pour la technique des bateaux cousus au cours de l'Antiquité. Même si le long des côtes croates et plus généralement en mer Adriatique, elle perdure jusqu'à l'époque romaine, voire plus tard.

D'où pouvait venir cette épave ?

Il s'agit presque certainement d'un bateau construit localement. Parce que la manière d'agencer les liens entre les planches est typique des traditions locales, que nous connaissons par des épaves plus récentes. Nous savons aussi que les peuples qui habitaient la région avant l'époque romaine, les Histri et les Liburni, construisaient des bateaux cousus.

En outre, les archéologues croates ont fait une découverte très intéressante. À cinq cents mètres environ, ils ont identifié une vaste zone, d'un hectare environ, où des pieux en bois émergent du fond de l'eau, à quatre mètres de la surface. Leurs analyses préliminaires ont montré qu'il s'agissait peut-être de restes d'habitations sur pilotis. D'après le type de céramiques retrouvés sur place, elles dateraient du début de l'âge du bronze ou de la fin de la période précédente, le Néolithique. À côté des pieux, il y a des poutres en bois, énormément d'ossements d'animaux et sûrement beaucoup plus encore, vu la bonne préservation des vestiges. Les spécialistes de ces périodes connaissent bien ce genre de sites. Mais ils sont situés en bord de lacs, en Suisse et dans le Jura, notamment. En bord de mer, c'est rarissime. C'est pourquoi les archéologues croates estiment qu'il s'agissait peut-être en fait d'une lagune, le niveau de la mer étant alors plus bas. En tout cas, cela pourrait éventuellement expliquer la présence de l'épave.

Quelle va être la suite des recherches ?

Nous avons prélevé deux échantillons de la coque, que nous avons transmis à des collègues spécialistes de la datation par les cernes du bois. Ce genre de technique peut donner la date où le tronc a été abattu, parfois à l'année près. En réalisant le même type de datation sur les habitats sur pilotis juste à côté, nos collègues croates pourront peut-être nous dire s'ils ont été construits en même temps. Après se posera sans doute la question de sortir l'épave, pour l'exposer dans un musée et réaliser des études plus approfondies de sa construction. Car c'est un bateau assez particulier : au lieu d'une quille, la partie centrale du fond de la coque est constituée d'une sorte de demi-tronc creusé, un peu comme une pirogue.

Propos recueillis par Nicolas Constans.

  • Merci au musée archéologique d'Istrie, et à sa conservatrice Ida Koncani.
  • Ces recherches n'ont pas encore été publiées et sont donc encore préliminaires.

Les Amérindiens auraient vécu 10 000 ans dans le détroit de Béring

 

Les Amérindiens auraient vécu 10 000 ans dans l'isthme de Béring, aujourd'hui immergé et devenu un détroit, avant d'être les premiers à coloniser les Amériques, selon des analyses de fossiles qui révèlent que cette région avait une végétation propice à la survie de groupes humains.


Cette découverte pourrait éclaircir le mystère de la «disparition», pendant dix mille ans, de toute trace de ces populations, entre le temps où elles se trouvaient en Sibérie et leur arrivée sur le continent américain, expliquent ces chercheurs dont l'étude paraît dans la dernière édition de la revue américaine Science, datée de vendredi.

«Ces travaux comblent un trou de dix millénaires dans l'épopée des peuples du Nouveau Monde», venus d'Asie durant le dernier maximum glaciaire (dont le pic date d'il y a 22 000 ans, NDLR), estime le professeur Scott Elias du département de géographie de l'université Royal Holloway à Londres, un des principaux auteurs.

Les analyses d'ADN mitochondrial, transmis par la mère, prélevé sur des ossements, montrent que les Amérindiens originaires d'Asie ont émergé comme groupe ethnique spécifique il y a un peu plus de 25 000 ans en Sibérie mais ne sont pas arrivés en Amérique avant environ 15 000 ans, précise Dennis O'Rourke, un anthropologue de l'université d'Utah, un autre auteur de l'étude.

Le pont de terre qui se trouvait alors à l'endroit où est aujourd'hui la mer des Tchouktches et le détroit de Béring séparant l'Alaska de la Sibérie, ainsi que certaines parties environnantes, n'étaient pas aussi arides que le reste de la Béringie, nom donné à ces territoires désormais immergés, comme on le pensait jusqu'alors.

Cette partie centrale de la Béringie était recouverte d'arbustes de toundra, la végétation dominante dans l'Alaska arctique, formée de saules nains, de bouleaux et de lichens alors que les glaciers recouvraient le nord-ouest de l'Amérique, le Wyoming, le Wisconsin et l'Ohio à l'est.

Seule région d'arbustes 

«Nous pensons que les ancêtres des Amérindiens ont survécu dans cette toundra sur l'isthme de Béring car c'était alors la seule région de l'Arctique où des arbustes poussaient», explique le professeur Elias.

«Ils avaient besoin de bois pour faire du feu dans cette région extrêmement froide du globe, utilisant les branches de ces arbustes pour démarrer un feu qu'ils recouvraient ensuite avec des os des grands mammifères qu'ils chassaient et qui pouvaient brûler pendant des heures, aidant ces hommes à survivre aux nuits arctiques en hiver», ajoute-t-il.

Ces chercheurs ont fait ces découvertes en analysant des insectes et des plantes fossilisés extraits de carottes de sédiments provenant de la surface du Détroit, à une cinquantaine de mètres au fond de la mer de Béring.

«Les données génétiques et paléoécologiques collent parfaitement», insiste John Hoffecker, un archéologue et paléoécologiste à l'université du Colorado à Boulder, principal auteur de ces travaux.

Il reconnaît que la théorie de ces populations, isolées pendant dix mille ans dans cette partie de la Béringie, souffre d'un manque d'indices archéologiques.

Mais selon cet archéologue, des fouilles futures dans les parties de la Béringie qui n'ont pas été immergées, aussi bien que dans les terres basses de l'ouest de l'Alaska et de l'est de la Sibérie, pourraient mettre au jour des vestiges de la présence passée de ces groupes humains comme des anciennes habitations.

John Hoffecker pense également que ces peuplades de la Béringie ont pu chasser avec succès dans ces régions de steppes et de toundra, où vivaient probablement un grand nombre de ruminants comme des bisons, des chevaux et des mammouths.

Il existe deux groupes de vestiges archéologiques datant de la période à la fin du maximum glaciaire, il y a un peu moins de 15 000 ans, précise-t-il.

«L'un témoigne d'une migration tardive d'Asie en Alaska tandis que l'autre ne révèle aucune origine en dehors de la Béringie et qui pourrait bien représenter les peuplades isolées pendant des millénaires dans cette région lors du maximum glaciaire», a expliqué l'archéologue.

Bien que le débat fasse encore rage sur le fait de savoir quand les premiers humains ont migré pour la première fois sur le continent américain, de nombreux archéologues estiment désormais que cela s'est produit il y a environ 15 000 ans après la fonte des glaciers, qui a ouvert l'accès aux zones côtières et aux terres intérieures de l'Amérique du Nord.

Des chercheurs autopsient un bison mort il y a 9 000 ans

Une équipe de scientifiques a réalisé une autopsie complète d'un bison, vieux de 9.000 ans. Découvert en 2011 dans une région de la Russie où plusieurs mammouths ont été découverts, les organes de l'animal ont été retirés avant qu'il ne subisse des tests génétiques et microbiologiques.

Il est peut-être vieux de 9.000 ans, mais ce bison aurait aussi très bien pu mourir il y a juste quelques semaines. Découvert en 2011 dans une région très isolée de la Russie, cet ancien animal subit désormais une autopsie en règle. Grâce à cet examen poussé, les scientifiques espèrent en savoir un peu plus sur l'extinction de certaines espèces de bisons, il y a des milliers d'années.

L'autopsie de l'animal est également une première mondiale : c'est la première fois au monde qu'une telle opération est réalisée sur un bison aussi vieux. Cela pourrait ainsi permettre aux chercheurs de rechercher des parasites qui auraient pu infester les animaux de cette espèce.

Un vieux bison préservé

Le bison a été découvert en parfait état de conservation en juillet 2011, sur les rives d'un lac de la République de Sakha, aussi connue sous le nom de Yakoutie. C'est également dans cette région que des restes de mammouths ont été auparavant découverts. 

Après un effondrement de la rive dans l'eau, les chercheurs ont rapidement aperçu le corps du bison. "Cette découverte est exceptionnelle pour les scientifiques puisque c'est le bison le mieux conservé jamais retrouvé", s'enthousiasme Albert Protopopov, chef du Mammoth Fauna Research Department à l'Académie des Sciences de Yakoutie. 

"Nous avons estimé que le bison avait vécu il y a 9.000 ans, au tout début de l'Holocène et qu'il était mort âgé d'environ quatre ans. À cette époque, de nombreux mammouths étaient morts dans la région, mais le bison était toujours vivant", explique Albert Protopopov au Siberian Times. Le bison aurait donc vécu à cette période où la (...)
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mardi, 04 février 2014

Nous avons vraiment le Néandertal dans la peau

 

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Littéralement, comme vous allez pouvoir le constater…

Dans deux nouvelles études, des chercheurs en génétique ont montré que près de 20 % du génome du Néandertal survit à l’homme moderne d’ascendance non africaine et ils ont identifié précisément les zones du génome humain qui conservent les segments d’ADN néandertalien.

Il y a environ 30 000 ans, les Homo sapiens qui quittaient l’Afrique ont commencé à côtoyer l’homme de Néandertal, une lignée qui a divergé de l’homme moderne des centaines de milliers d’années auparavant. Malgré leurs différences, les Homo sapiens et les Néandertaliens se sont mêlés et, au fil du temps, ils ont fait des enfants avec des gènes des deux lignées.

Aujourd’hui, les vestiges biologiques de cette collision entre deux populations distinctes restent vivants dans le génome des Européens et des Asiatiques de l’Est.

La première étude, publiée dans la revue Nature (lien plus bas), examine comment les Néandertaliens influencent encore la composition génétique de l’homme moderne.

Pour l’auteur principal de l’étude, le Pr David Reich de la Harvard Medical School, l’objectif était de comprendre l’impact biologique du flux de gène entre Néandertaliens et les hommes modernes :

Nous avons pensé que, lorsque ces deux groupes se sont réunis et mélangés, de nouveaux traits auraient été sélectionnés pour rester dans le génome humain, alors que certaines incompatibilités auraient été sélectionnées pour en être retirées.

Le Pr Reich et ses collègues ont analysé les variantes génétiques dans 846 personnes d’origine non africaine, 176 personnes originaires d’Afrique subsaharienne et un homme de Néandertal de 50 000 ans.

Ils ont montré que neuf variantes génétiques humaines précédemment identifiées, connus pour être associés à des caractères spécifiques, étaient susceptibles de provenir de l’homme de Neandertal. Ces variantes affectent le lupus, la cirrhose biliaire, la maladie de Crohn, la taille du point aveugle et le diabète de type 2, ainsi que certains comportements, comme la capacité d’arrêter de fumer. L’équipe s’attend à ce que d’autres variantes trouvent leurs origines dans le Neandertal.

L’équipe a également mesuré comment l’ADN du Néandertal, présent aujourd’hui dans le génome humain, affecte la production de kératine et le risque de maladie.

Selon le Dr Reich : 

L’ascendance de Neandertal est augmentée dans les gènes affectant les filaments de kératine. Cette protéine fibreuse confère la dureté à la peau, aux cheveux et aux ongles et peut être bénéfique dans les environnements les plus froids en fournissant une isolation plus épaisse. Il est tentant de penser que les Néandertaliens étaient déjà adaptés à l’environnement non africain et qu’ils ont apporté cet avantage génétique à l’homme.

Les scientifiques ont également constaté que certaines régions du génome humain moderne non africain sont riches en ADN de Neandertal, ce qui pourrait avoir été utile à la survie humaine, tandis que d’autres (“zones arides”) n’en contenaient pratiquement pas.

Selon  le principal auteur, le Pr Sriram Sankararaman (Harvard Medical School) :

Ces “zones arides” ont été la découverte la plus passionnante. Cela suggère que l’introduction de certaines de ces mutations de Neandertal était nocive pour les ancêtres des non-Africains et que ces mutations ont ensuite été éliminées par l’action de la sélection naturelle.

L’équipe a montré que ces zones pauvres en ADN de Néandertal ont tendance à se regrouper en deux parties de notre génome : les gènes qui sont les plus actifs dans la lignée germinale mâle et les gènes sur le chromosome X. Ce modèle a été lié chez de nombreux animaux à un phénomène connu sous le nom d’infertilité hybride, où la descendance d’un homme à partir d’une sous-espèce et une femme d’une autre ont peu ou pas de fertilité. Cela suggère que quand les anciens humains se sont réunis et mélangés avec les Néandertaliens, les deux espèces étaient au bord de l’incompatibilité biologique.

Les populations humaines actuelles, qui peuvent être séparés les unes des autres par 100 000 années, sont entièrement compatibles, sans preuve d’augmentation de l’infertilité masculine. En revanche, les anciennes populations humaines et néandertaliennes se sont apparemment confrontées au défi d’un croisement, après 500 000 années d’évolution séparée.

L’étude publiée sur Nature : The genomic landscape of Neanderthal ancestry in present-day humans.

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La seconde étude teste une méthode innovante sans fossile pour le séquençage de l’ADN archaïque.

Les coauteurs de l’étude, le Pr Benjamin Vernot et le Pr Joshua Akey, tous deux de l’Université de Washington, ont analysé les données de séquençage de l’intégralité du génome de 379 Européens et de 286 Asiatiques pour identifier les lignées néandertaliennes qui persistent dans l’ADN moderne.

Ils ont constaté que les gènes de la peau du Néandertal ont donné un avantage évolutif aux Européens et aux Asiatiques et que d’autres gènes néandertaliens étaient apparemment incompatibles avec le reste du génome humain moderne, et donc qu’ils n’ont pas survécu aux populations humaines actuelles.

Les scientifiques ont observé que certaines parties du chromosome chez l’homme sont dépourvues de séquences d’ADN de Neandertal, peut-être en raison de l’inadéquation entre les deux espèces le long de certaines parties de leurs matériels génétiques. Par exemple, ils ont remarqué une forte diminution de l’ADN de Neandertal dans une région du génome humain qui contient un gène d’un facteur censé jouer un rôle important dans la parole et le langage humains.

Les résultats suggèrent que d’importantes quantités de séquences d’ADN, obtenues à partir de la population actuelle, pourraient nous renseigné sur des groupes disparus, même en l’absence de restes fossilisés, parce que d’autres personnes pourraient avoir hérité de ces anciennes séquences, des données génomiques que les scientifiques peuvent recueillir. Les chercheurs estiment donc qu’à l’avenir ils seront en mesure d’identifier l’ADN d’autres hominidés éteints par l’analyse du génome humain moderne. 

L’étude publiée en ligne dans la revue Science : Resurrecting Surviving Neandertal Lineages from Modern Human Genomes.

mercredi, 27 novembre 2013

LES ESPÈCES D’HOMINIDÉS ÉTAIENT AUSSI DIVERSES QUE DANS LE «SEIGNEUR DES ANNEAUX»

 

Contrairement aux idées reçues, l'homme moderne n'est pas le descendant d'une seule lignée, mais le produit d'un mélange de nombreuses espèces différentes d'hominidés.

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Un homme et une femme de Néandertal, musée de Néandertal de Düsseldorf, via Wikimedia Commons

«Les études récentes montrent que nous sommes face à un monde du type de celui du «Seigneur des Anneaux» et qu’il y avait de nombreuses populations différentes d’hominidés qui se sont mélangées». Cette phrasecitée par la revue Nature a été prononcée par Mark Thomas, un généticien spécialiste de l’évolution de l’University College de Londres le 18 novembre lors d’une conférence révolutionnaire sur l’ADN ancien de la Royal Society à Londres.

Elle illustre les fantastiques découvertes récentes que permet la génétique sur l’évolution de l’espèce humaine depuis une centaine de milliers d’années. L’analyse du génome de l’homme moderne a permis de montrer qu’il y a eu des accouplements et des mélanges entre notre espèce, les hommes de Néandertal, les Denisovans et au moins une autre population d’hominidés totalement inconnue.

 
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Les Denisovans, selon David Reich professeur à Harvard, étaient une population exotique et archaïque de très petite taille, presque les hobbits du Seigneur des Anneaux, qui représentent 5% à 10% des ancêtres des Papous et sont eux-même une synthèse entre des hommes de Néandertal  et un groupe mystérieux.

Pour illustrer la progression des connaissances scientifiques, revenons à la thèse considérée comme la plus solide depuis une décennie. L’homme moderne est issu d’une petite population d’hominidés se trouvant en Afrique il y a une centaine de milliers d’années. Et après une série de migrations hors d’Afrique et d’évolutions relativement mineures, le génome de l’homme moderne n’a plus changé depuis la dernière phase de glaciation il y a 20 à 25 000 ans.

En fait, nous savons aujourd’hui que ce schéma est au mieux incomplet et sans doute faux. Car ce que les scientifiques peuvent affirmer aujourd’hui c’est que l’homme moderne plutôt que d’être le point final de l’évolution d’une population spécifique est une recombinaison d’anciennes lignées.

Cela est prouvé par l’existence dans les gènes de l’homme moderne de nombreuses traces d’ancêtres archaïques. Cela est aussi prouvé par un mélange génétique entre différentes lignées de population majeures considérées comme des archétypes comme les Amérindiens, les Asiatiques, les Européens, les Ethiopiens, la population australienne. Tout cela démontre que d’anciennes lignées humaines éteintes sont les éléments constitutifs des modernes.

samedi, 23 novembre 2013

Des peintures rupestres trouvées au Brésil

 

 

Un grand chat et sa proie. Image: Wildlife Conservation Society (WCS)
Alors qu'ils suivaient des pécaris à lèvres blanches et collectaient des données environnementales dans les forêts reliant les biomes du Pantanal au Cerrado au Brésil, une équipe de chercheurs de la Société de conservation de la faune (WCS) et une ONG partenaire locale, Instituto Quinta do Sol, ont découvert des dessins rupestres faits par des sociétés de chasseurs-cueilleurs il y a des milliers d'années. 

Les dessins font l'objet d'une étude publiée récemment par les archéologues Rodrigo Luis Simas de Aguiar et Keny Marques Lima dans la revue Revista Clio Arqueológica. 

La diversité des interprétations, selon les auteurs, contribue de manière significative à notre connaissance de l'art rupestre de la région du plateau de Cerrado qui borde le Pantanal. 

"Notre travail avec la Société de conservation de la faune met l'accent sur ​​la promotion des pratiques durables d'utilisation des terres qui aident à protéger les espèces fauniques importantes et les lieux sauvages où ils vivent", a déclaré le Dr Alexine Keuroghlian, chercheur au WCS, "depuis que nous travaillons souvent dans des endroits éloignées, nous faisons parfois des découvertes surprenantes, dans ce cas, cela semble être important pour notre compréhension de l'histoire culturelle de l'homme dans la région."

Personnages humaines. Image: Wildlife Conservation Society
Tout commence avec les pécaris à lèvres blanches. 

La découverte a été faite sur le plateau du Cerrado au Brésil en 2009, lorsque Keuroghlian et son équipe effectuaient des études sur les pécaris à lèvres blanches, des animaux ressemblant au porc et vivant en troupeau; ils parcourent de longues distances et sont des indicateurs environnementaux sur la santé des forêts. 

Les pécaris sont vulnérables aux activités humaines telles que la déforestation et la chasse, et ils disparaissent de larges pans de leurs anciennes aires de répartition du sud du Mexique au nord de l'Argentine. 

C'est en suivant les signaux des colliers émetteurs des pécaris à lèvres blanches que l'équipe est tombée sur une série d'importantes formations de grès avec des grottes contenant des dessins d'animaux et de figures géométriques. 

Différents styles de dessins 

Keuroghlian a contacté Aguiar, un spécialiste régional sur les dessins rupestres. Il a pu déterminer que les dessins avaient entre 4000 et 10000 ans, et qu'ils provenaient de sociétés de chasseurs-cueilleurs qui occupaient ces grottes, ou bien les utilisaient spécifiquement pour leurs activités artistiques. 

Aguiar a noté que le style de certains dessins, ressemblaient à ce que les archéologues appellent la tradition Planalto (plateau central brésilien), tandis que d'autres, de façon surprenante, ressemblaient davantage au Nordeste (nord du Brésil) ou Agreste (forêt de transition des terres arides dans le nord du Brésil). 

Les dessins représentent un assemblage d'animaux, dont des tatous, des cerfs, des grands chats, des oiseaux et reptiles, ainsi que des personnages humains et des symboles géométriques. 

Curieusement, l'objet d'étude de WCS dans la région, les pécaris, est absent des illustrations. Aguiar espère mener des fouilles dans le sol de la grotte et faire des datations géologiques sur les sites afin de bien interpréter ces dessins. 

"Ces découvertes de dessins rupestres mettent l'accent sur ​​l'importance de protéger les écosystèmes du Cerrado et du Pantanal, tant pour leur patrimoine culturel que naturel", a déclaré le Dr Julie Kunen, directrice du Programme Caraïbes et Amérique latine de WCS et experte en archéologie Maya. 

Source:

mercredi, 16 octobre 2013

Préhistoire : des peintures rupestres essentiellement réalisées par des femmes ?

 

 
Publiée dans la revue American Antiquity, une étude américaine, basée sur la morphologie des nombreuses empreintes de mains apposées par nos ancêtres sur les parois des grottes, suggère que les artistes préhistoriques auraient pu être en majorité des femmes. 

On les appelle des mains négatives, car l'Homme préhistorique, pour orner l'intérieur des grottes, apposait sa main sur la paroi avant d'y souffler un jet de colorant qui, maculait la surface rocheuse tout autour de ce pochoir naturel, en dessinait le contour. 

L'homme préhistorique... ou la femme, car ces œuvres pariétales paléolithiques, connues en Argentine, en Afrique, à Bornéo, en Australie et en Europe, pourraient bien avoir été réalisées surtout par des femmes. Ainsi - pourquoi pas ? - que les autres formes d'art rupestre, peut-être. 

C'est ce que suggère l'archéologue Dean Snow, de la Pennsylvania State University, qui s'est penché sur 32 de ces représentations de mains, dont 16 dans la grotte d'El Castillo, en Espagne, 6 dans la grotte de Gargas (Hautes-Pyrénées) et 5 dans la célèbre grotte du Pech Merle (Lot). En se basant - comme l'ont déjà fait, du reste, d'autres chercheurs avant lui - sur l'indice de Manning, qui détermine le sexe d'une personne en fonction du ratio entre taille de l'index et taille de l'annulaire, Snow estime que 75% des mains pariétales sont celles de femmes. Les artistes dont les œuvres rupestres multimillénaires (notamment les représentations d'animaux) nous émerveillent encore aujourd'hui seraient-ils essentiellement ces femmes du Paléolithique, souvent un peu oubliées dans la littérature (scientifique ou non) ? Si la plupart des hypothèses associent les représentations pariétales à la chasse - activité attribuable, dans l'esprit de la plupart des gens, aux hommes et non aux femmes -,Dean Snow ne se laisse pas arrêter par cet argument. Cela fait d'ailleurs plusieurs années qu'il défend sa théorie. 

Cuisinière ou chaman 

Il fait en effet valoir que chez les derniers peuples de chasseurs-cueilleurs actuels, si ce sont effectivement les hommes qui chassent, ce sont souvent les femmes qui traitent ensuite le gibier - un travail tout aussi prenant. Elles auraient donc très bien pu être inspirées pour réaliser de telles peintures. Même argument pour le chamanisme, une autre hypothèse pour expliquer les peintures rupestres. 

Dans les sociétés tribales d'hier et d'aujourd'hui, les chamans sont souvent des femmes (ou parfois des transsexuels), explique l'archéologue américain Dave Whitley. Reste que cette hypothèse 'féministe' pour l'art préhistorique devra être davantage étayée pour convaincre l'ensemble des spécialistes...

vendredi, 11 octobre 2013

Découverte d'un arc et de flèches datant de plus ou moins 5400 ans



Les archéologues se doivent de garder l'oeil ouvert puisque certains vestiges, témoins de civilisations anciennes, ressurgissent de temps à autre depuis la fonte des neiges consécutive aux changements climatiques. Ainsi donc, dans les montagnes de Norvège, la hausse des températures eut raison d'un bloc de neige demeuré inchangé depuis des milliers d'années. Des objets vétustes emprisonnés sous une neige jadis éternelle apparurent au grand jour. Un arc dont l'ancienneté remonte à 3 800 ans et des flèches dont la plus vieille daterait de 5 400 ans furent vraisemblablement employés autrefois par des chasseurs de rennes. 


Cet arc fut taillé dans un orme, les flèches fabriquées avec de l'ardoise et du bois de différentes espèces. De telles armes de chasse furent repérées en d'autres terres glaciales telles que le Yukon. L'éloignement ne peut laisser entrevoir qu'un quelconque échange entre ces peuples ait pu avoir lieu. Un même genre d'adaptation à un milieu de vie identique engendra la conception d'arcs et de flèches similaires malgré la différence de culture de ces populations distinctes. 

Les chercheurs soulignent la rareté d'une telle découverte d'objets anciens si bien préservés. Cela leur permit d'accroître leurs connaissances relatives à la technologie du tir à l'arc utilisée durant la période néolithique. Le regret des scientifiques réside dans le fait que la fonte des neiges dévoilera de plus en plus l'existence de centaines sinon de milliers de vestiges sans que l'homme ne puisse parvenir à temps à les découvrir et à procéder à leur conservation avant qu'ils ne se décomposent à l'air libre. 

Des fossiles de siréniens vieux de 12 millions d'années découverts en Australasie

 

Des chercheurs australiens et américains ont décrit des fossiles de sirénien, découverts en Papouasie-Nouvelle Guinée, qui prouvent l’existence de ces mammifères marins dans cette partie du monde il y a 12 millions d'années.

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Des paléontologues du Musée Victoria, en Australie, de la Smithsonian Institution et d’autres institutions ont réétudié des côtes et des vertèbres fossilisés de sirénien. Ces dernières avaient été découvertes il y a une trentaine d’années, dans la grotte de Tem Selminum, dans la province occidentale de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Vous aimez nos contenus ? Recevez gratuitement la meilleure news et vidéo du jour, et profitez des conseils de Consogazette pour améliorer votre pouvoir d'achat Si l’espèce précise à laquelle ils appartiennent n’est pas déterminée, ce sont bien des fossiles de sirénien - le groupe zoologique de mammifères marins auquel appartiennent le lamantin et le dugong d’aujourd’hui. Et, selon les auteurs de l'étude publiée dans la revue Journal of Vertebrate Paleontology, ce sont les plus anciens restes de ce type d’animaux jamais trouvés dans la région indo-pacifique, puisqu'ils datent de 12 millions d'années.

"Jusqu'à présent, l’Australasie n'avait pas de registre fossile particulièrement ancien pour les siréniens : les éléments connus ne remontaient qu’à quelques 5 millions d'années. Ailleurs en Asie, les fossiles de siréniens se trouvent dans des roches beaucoup plus anciennes. C’était donc toujours resté un mystère de savoir pourquoi de tels fossiles n'avaient pas été trouvés en Australasie", explique le Dr Erich Fitzgerald, du Musée Victoria. Des indices sur l'écosystème de la région "Maintenant, avec cette seule découverte, nous avons plus que doublé la durée de l'Histoire évolutive des siréniens dans les mers d’Australasie. Ces fossiles offrent une perspective incroyable sur la relation que les siréniens actuels entretiennent avec les écosystèmes marins du nord de l'Australie. Les actuels dugongs sont de grands consommateurs d’herbes marines et, ce faisant, ont un impact énorme sur la structure de l'écosystème", continue-t-il.

Auparavant, les scientifiques pensaient que les siréniens, ainsi que leurs relations avec l’écosystème, étaient ‘de nouveaux venus’ en Australasie. Ces nouveaux fossiles datant du Miocène suggèrent que ces animaux ont été un élément important des écosystèmes locaux depuis au moins 12 millions d'années, et que leur rôle sur la santé à long terme de ces milieux peut être important. (crédits photo : Erich M. G. Fitzgerald et al.)

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Le platybelodon, un éléphant préhistorique à la drôle de bouche en forme de pelle En savoir plus: http://www.maxisciences.com/platybelodon/le-platybelodon-un-elephant-prehistorique-a-la-drole-de-bouche-en-forme-de-pelle_art30990.html Copyright © Gentside

Mais quelle était la véritable utilité de l’étrange bouche de cet ancêtre de l’éléphant

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Selon le paléontologue William Sanders de l’Université du Michigan, questionné par Matt Simon du Magazine Wired, les précédentes représentations du Platybelodon un herbivore de la famille des éléphants avec une une grande et longue bouche béante, sont susceptibles de déformer ce à quoi l’antique éléphant ressemblait réellement.

Image d’entête : représentation des platybelodons par Tomasz Jedrzejowski.

Selon la plupart des standards, le Platybelodon était un animal à l’apparence bizarre tout en ressemblant aux éléphants modernes, il avait aussi une mâchoire inférieure saillante avec des dents horizontales que Sanders estime avoir été utilisés comme une  faux, pour couper l’herbe qu’il broutait. Les fossiles de Platybelodon ont été découverts et décrits au début des années 1920. Depuis lors, de nombreux fossiles, notamment en Chine, ont été trouvés, permettant de donner aux chercheurs une meilleure idée de ce à quoi l’animal ressemblait réellement. 

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Il est maintenant assez clair qu’ils ont vécu il y a environ 8 à 20 millions années en Afrique, en Asie et qu’ils ont même atteints l’Amérique du Nord. Mais étant donné que la partie supérieure de leur bouche, museau ou trompe, était constituée de matière plus souple, qui ne se fossilise pas très bien, les chercheurs n’ont pas été en mesure de voir ce à quoi la partie supérieure de la bouche (ou trompe) ressemblait réellement.

Pour cette raison, ils ont eu à mettre en avant des théories afin d’expliquer pourquoi un animal aurait développé une mâchoire inférieure de la sorte et comment une bouche supérieure pouvait tirer le meilleur parti de ce qu’il avait (autrement, elle n’aurait jamais évolué de la sorte).

Les premières représentations du Platybelodon décrivent une créature ressemblant à un éléphant,  avec une habile et grande bouche supérieure et une langue tout aussi adroite. La première idée, par l’un des premiers à essayer de comprendre à quoi ressemblait l’animal, Henry Osborn, était que le Platybelodon utilisait ses pièces buccales pour attraper la nourriture et la manger, tout comme la plupart des autres herbivores.

Reconstruction du Platybelodon par Henry Osborn à partir de son livre Proboscidea (1936). Les mâles arboraient une plus grande faux que les femelles, un exemple de dimorphisme sexuel.

 

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Le paléontologue W.David Lambert (Angleterre) a suggéré, en 1992, que l’étude attentive des dents de la mâchoire inférieure indiquait que l’animal les utilisait pour couper l’herbe, un exploit qui aurait été difficile pour un “brouteur normal”.

Aujourd’hui, Sanders suggère que la réponse est simple : le Platybelodon avait une trompe comme les éléphants modernes, mais plutôt que de simplement l’utiliser pour arracher la nourriture de la terre pour la fourrer dans sa bouche, il l’utilisait pour maintenir des herbes épaisses tandis qu’ils les coupait avec ses dents inférieures. Cela expliquerait, selon lui, pourquoi le trait a évolué, c’était un moyen d’aider un grand animal à se nourrir et qui se devait de subsister à partir de l’herbe qui était trop robuste pour être simplement arrachée du sol.


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jeudi, 26 septembre 2013

L’éléphant d’Ebbsfleet éclaire les techniques de chasse préhistorique

 

L’éléphant géant d’Ebbsfleet aurait été découpé par au moins quatre humains, d’après l’analyse de 80 outils en silex trouvés dans son voisinage. Surprenant ? Oui, car la scène se déroulait il y a 420.000 ans, bien avant l'apparition de l'espèce humaine. Ainsi, les hominidés peuplant le Royaume-Uni à cette époque coopéraient pour dépecer les grands herbivores, et peut-être même pour les chasser, comme le suggèrent quelques indices. 

Ces défenses appartiennent à l'éléphant Palaeoloxodon antiquus, découvert en 2003 dans la vallée d'Ebbsfleet, dans le Kent (Royaume-Uni), où il a nourri plusieurs humains du genre Homo. © Université de Southampton

 

La première ligne ferroviaire à grande vitesse britannique a partiellement été inaugurée en 2003. Longue de 108 km, elle part du sud de Londres pour ensuite rejoindre le tunnel sous la manche, en passant par la vallée d'Ebbsfleet au sud de la Tamise. C'est là qu’ont été découverts les restes d’unPalaeoloxodon antiquus durant la construction d’une deuxième partie de la ligne, toujours en 2003. Il s’agit d’une espèce d’éléphant aujourd’hui disparue, mais dont les représentants adultes étaient deux fois plus grands que les actuels éléphants d’Afrique voilà 420.000 ans, son âge estimé.

Ce type de découverte est rare, mais pas exceptionnel. En revanche, ce qui l’est, ce sont les dizaines d’outils en silex taillés trouvés tout autour de la carcasse. À proximité figuraient également des restes d’aurochs sauvages, d’espèces de rhinocéros et de lions actuellement disparues, de lapins, de castors ou encore de macaques berbères. Les fouilles ont été menées par l’organisme indépendant Oxford Archaeology, mais c’est Francis Wenban-Smith de l’université de Southampton qui s’est ensuite chargé de l’analyse des outils. 

Il a notamment étudié 80 silex restés intacts après les fouilles. Ils résulteraient de l’industrie lithique du Clactonien, caractérisée par des outils sur éclats de type chopper. Il s’agit de galets ou de blocs anguleux présentant un bord tranchant, et non de bifaces dont l’avènement a eu lieu un peu plus tard, durant l’Acheuléen. D’après l’archéologue, ils auraient été utilisés pour dépecer l’animal par un groupe composé d’au moins quatre individus, probablement des Homoheidelbergensis, ce qui démontre un travail en collaboration durant la période interglaciaire chaude qu’était l’Hoxnien.

Les éléphants Palaeoloxodon antiquus ont disparu voilà 11.500 ans. Ils atteignaient 3,7 m de haut et possédaient une langue longue de 80 cm. Selon certains spécialistes, elle pouvait être projetée à courte distance pour saisir des végétaux.
Les éléphants Palaeoloxodon antiquus ont disparu voilà 11.500 ans. Ils atteignaient 3,7 m de haut et possédaient une langue longue de 80 cm. Selon certains spécialistes, elle pouvait être projetée à courte distance pour saisir des végétaux. © H. Osborn, Wikimedia commons, DP

Des fossiles d’éléphants mâles trouvés en surnombre

Aucun élément direct ne permet de dire si le pachyderme a été abattu ou s’il était déjà mort lorsqu’il a été découvert puis découpé. Cependant, plusieurs indices suggèrent que les Hommes de l’époque coopéraient pour chasser d’aussi grandes proies. Premièrement, une lance en bois a été trouvée au milieu des côtes d’un squelette découvert à Lehringen (Allemagne) en 1948. Ensuite, la plupart des restes de Palaeoloxodon antiquus dépecés mis au jour en Europe appartenaient à des mâles dans la fleur de l’âge. Difficile alors d’imaginer qu’ils soient tous morts de causes naturelles.

À l’époque, le site ne se composait pas de plaines comme maintenant. Il était recouvert par une forêt dense et abritait des marais stagnants. Cet environnement a été reconstruit grâce à l’analyse des pollens trouvés sur le site archéologique, mais aussi suite à la présence d’autres traces d’animaux caractéristiques dans le sol, comme des escargots.

Pour être précis, d’autres outils ont également été sortis des couches de sédiments reposant au-dessus de l’éléphant. Ils dateraient de la fin de la période interglaciaire hoxnienne, mais seraient plutôt de type Acheuléen. Selon les informations présentées dans le communiqué de presse de l’université de Southampton, une nouvelle question se pose désormais : ont-ils été produits par les Hommes ayant dépecé le pachyderme, mais dont les méthodes ont évolué au cours du temps, ou par des individus arrivés au Royaume-Uni par une nouvelle vague de colonisation ?

lundi, 15 juillet 2013

Une sépulture paléolithique crée la surprise à Cuges-les-Pins

C'est une première en France ! Une sépulture paléolithique datant de l’Épigravettien vient d’être découverte à Cuges-les-Pins, dans les Bouches-du-Rhône. Chose rare, le site archéologique se trouve en plaine, et non dans une grotte ou sous un abri rocheux. Le squelette est toujours en cours d’extraction, mais d’importantes informations ont déjà été récoltées.

sépulture paléolithique

Crâne du défunt inhumé dans la tombe épipaléolithique (11.000 à 11.500 avant notre ère), en cours de dégagement, sur le site de fouille archéologique de la ZAC des Vigneaux, à Cuges-les-Pins. © Cécile Martinez, Inrap

Depuis mars 2013, une équipe d’archéologues de l’Inrap explore, sur prescription de l’État (Drac Provence-Alpes-Côte d’Azur), 1,8 hectare situé dans la ZAC des Vigneaux à Cuges-les-Pins (Bouches-du-Rhône). Cette fouille s’inscrit dans le cadre d’un projet d’aménagement confié à la Saempa par la communauté d’agglomération du Pays d’Aubagne et de l’Étoile. Outre un habitat néolithique, les chercheurs exhument actuellement une sépulture paléolithique.

Seules 200 sépultures de cette période ont été exhumées en Europe, de l’Atlantique à l’Oural. Celle actuellement en cours de fouille à Cuges-les-Pins est attribuée à la fin du Paléolithique, c'est-à-dire entre environ 11.000 et 12.000 ans avant notre ère. Elle constitue déjà une découverte d’exception. Le squelette n’est que partiellement dégagé, donc beaucoup de questions demeurent. Toutefois, des silex taillés et un foyer témoignent d’un campement de plein air probablement contemporain de la sépulture. De tels campements de plaine sont fort rares, car plus difficilement décelables que les habitats sous abri ou en grotte.

Plus d’informations sur la culture épigravettienne

Les outils en silex présents dans le comblement de la tombe sont caractéristiques de l’Épigravettien (ou Tardigravettien), un faciès culturel présent en Europe méditerranéenne, centrale et orientale à la fin du Paléolithique supérieur. Une datation carbone 14, actuellement en cours, précisera la chronologie de cette sépulture, la première de cette culture en France.

Archéologues dégageant la tombe épipaléolithique (11.000 à 11.500 avant notre ère) découverte sur la fouille de la ZAC des Vigneaux, Cuges-les-Pins.
Archéologues dégageant la tombe épipaléolithique (11.000 à 11.500 avant notre ère) découverte sur la fouille de la ZAC des Vigneaux, Cuges-les-Pins. © Suzanne Hetzel, Inrap

Dans la continuité du Gravettien (27.000 à 20.000 ans avant notre ère), les outillages de l’Épigravettien (20.000 à 10.000 ans avant notre ère) comportent des pointes de silex particulières : des armatures (éléments destinés à être emmanchés à l’extrémité de projectiles utilisés pour la chasse) réalisées à partir de petites lamelles rectilignes, et transformées par retouche abrupte formant un dos opposé au tranchant. Les pointes mises au jour à Cuges-les-Pins dateraient de l’Épigravettien final (environ 12.000 à 11.000 ans avant notre ère).

Des pratiques funéraires bien documentées en Italie

Les pratiques funéraires de l’Épigravettien récent ou final sont bien documentées dans lapéninsule italienne, de la Vénétie à la Sicile. Huit sites y ont livré des inhumations correspondant à près d’une quarantaine d’individus. Toutes ces sépultures se trouvent toutefois dans des grottes ou des abris-sous-roches, celle de Cuges-les-Pins est à ce jour la seule connue dans un contexte de plein air.

Dans les sépultures italiennes, les défunts sont généralement ensevelis allongés sur le dos et accompagnés de parures, d’outils, de vestiges de faune et d’ocre. Il n’est pas possible à ce stade de préciser si celui de Cuges-les-Pins est associé à un mobilier funéraire, ni de déterminer sescaractéristiques anthropologiques (âge, sexe, pathologies ou blessures éventuelles, etc.).

Les sédiments situés au-dessus du corps ont cependant livré trois petites perles, des coquillesperforées d’un gastéropode méditerranéen : Cyclope neritea. Plus de mille perles de ce type ont été mises au jour dans la double sépulture épigravettienne de la grotte des Enfants, à Vintimille (Ligurie, Italie).

Un vaste site néolithique

Une occupation postérieure à la sépulture, au Néolithique, est aussi présente sur ce site. Céramiques, silex, outils en os, meules, ou encore éléments de parure permettent de la dater du début du Néolithique moyen (4.500 à 4.000 ans av. J.-C.). De nombreuses fosses initialement destinées au stockage des céréales y ont servi de poubelle après leur abandon. D’autres creusements sont des trous de poteaux liés à des édifices, maisons ou greniers.

Un vaste enclos circulaire d’un diamètre d’environ 40 m et doté d’une palissade est aussi présent. Il s’agit d’une structure unique dans le contexte Néolithique moyen de la région. Il aurait pu servir à protéger le cheptel. Enfin, des tombes disséminées au sein de l’habitat ont été fouillées.

Dans le Gers, un des plus grands sites paléontologiques d'Europe

 

 

Rhinocéros, éléphants, tortues ou écureuils y reposent depuis 17 millions d'années. Le site est ouvert au public tout l'été.

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Dans la campagne du Gers, les rhinocéros côtoient éléphants, tortues, reptiles, écureuils..., endormis là voilà 17 millions d'années dans un des plus grands sites paléontologiques d'Europe, désormais ouvert au public. (c) Afp

Le site a été découvert en 1988. Une vingtaine d'années plus tard, le bilan des fouilles est impressionnant : plus de 20.000 ossements identifiés, appartenant à 90 espèces, dont quatre inconnues jusque-là.

Les fossiles du Gers, fameux depuis le 18e siècle

Depuis le 18e siècle, le Gers est connu pour ses fossiles. Le physicien et naturaliste français René-Antoine de Réaumur avait révélé dans ses "Observations sur les mines de turquoises du Royaume" que les turquoises recueillies à Simorre étaient des dents de mammifères, plus précisément d'un animal désigné plus tard sous le nom de Mastodonte.

Le premier singe fossile connu au monde a pour sa part été exhumé en 1834 sur la commune de Sansan. Le gisement de Montréal-du-Gers - 1,5 ha dont seuls 400 m2 ont été dégagés - remonte au miocène (- 24 à - 5 millions d'années) et correspond à un ancien marécage où de nombreux animaux ont été piégés.

"L'instantané d'une vie au miocène, de la photo d'un moment de vie"

Pour un néophyte, le site apparaît comme un vaste cimetière, avec un enchevêtrement d'os englués dans la terre. En fait, il s'agit d'un "instantané d'une vie au miocène, de la photo d'un moment de vie" il y a 17 millions d'années, "quand la Gascogne était une jungle", s'émerveille Francis Duranthon, conservateur en chef et directeur du Muséum d'Histoire Naturelle de Toulouse.

HIPPOPOTAMES. Plus loin, la présence d'un fossile d'écureuil volant montre qu'il y avait de grands arbres dans la région. Amphibiens, tortues d'1,5 m de diamètre, crocodiles de 2 à 3 m de long, hippopotames, attestent de la présence d'un lac et d'une rivière, dont l'interaction aurait formé le marécage.

Les ossements d'éléphants prouvent le contact entre les blocs Eurasie et Afrique, puisque ces pachydermes viennent de ce continent... Quant aux restes de végétaux (pollens...), ils permettent de reconstituer le climat d'alors: des températures moyennes annuelles de 20° Celsius (contre 14° aujourd'hui) et des précipitations annuelles proches de 1.500 mm contre 800 de nos jours.

La faune piégée dans le sol est d'une extraordinaire diversité

Chaque saison de fouilles réserve des surprises tellement la diversité de la faune piégée dans la couche d'argile se révèle extraordinaire: plus de 50 espèces de mammifères (70 rhinocéros, 15 éléphants, cervidés, sangliers, rongeurs...), des reptiles (lézards, serpents...), des amphibiens (grenouilles, tritons...), des oiseaux, des mollusques gastéropodes (famille des escargots) terrestres et d'eau douce, etc.

PRÉDATEUR. Parmi les animaux les plus curieux figurent une sorte de gros chien, l'Hemicyon stehlini, ou un énorme prédateur ressemblant à un lion, le Megamphicyon giganteus.

Mais les scientifiques ont surtout identifié quatre espèces et genres inconnus: deux cochons, un rhinocéros, et surtout un cerf-girafe (Ampelomeryx ginsburgi), au corps de girafe et à la tête de cerf portant des bois.

Ce gisement exceptionnel bénéficie aussi de la proximité d'universités comme celles de Toulouse. Et dès cet été, les touristes plongeront 17 millions d'années en arrière grâce à des visites guidées du site, et des jeunes de 14 à 17 ans pourront, lors de stages, aider les professionnels à dégager crânes et squelettes d'animaux préhistoriques.

OL , Sciences et Avenir, 09/07/13

vendredi, 22 mars 2013

Découverte au Pérou des restes fossilisés d'un pélican géant

 


Le fossile d'un volatile géant dont l'ancienneté remonte à plus de 35 millions d'années fut découvert par des paléontologues dans le désert d'Ica au Pérou. Il s'agirait d'une espèce de pélican mesurant approximativement deux mètres de hauteur qui vécut en une période affectée par une variation du climat, une sécheresse accrue durant laquelle de nombreuses espèces disparurent. Phénomène surprenant, des restes de peau adhèrent encore à ce spécimen. Nulle part ailleurs sur la planète semblable fossile ne fut mis au jour. 

Découverte au Pérou des restes fossilisés d'un pélican géant


Cette découverte fabuleuse eut lieu le 6 mars sur l'emplacement d'un cimetière de requins, de pingouins et de baleines à l'état fossile, dans cette région désertique côtière d'Ica. Les scientifiques constatèrent qu'en janvier de cette année le parcours du rallye Dakar 2013 traversait ces terres. Ils désapprouvèrent ce choix puisque lors d'une compétition précédente passant sur ce site, des fossiles avaient été abîmés des suites d'une telle traversée.

lundi, 11 mars 2013

Les chameaux, originaires du Grand Nord canadien

Les chameaux sont passés d'un tapis de neige à un tapis de sable au cours de leur évolution. Des paléontologues canadiens en viennent à cette conclusion après avoir analysé 30 fragments d'os fossiles provenant d'une patte de chameau découverte à proximité d'arbres pétrifiés sur l'île d'Ellesmere, proche du Pôle Nord et du Groenland.


Selon la paléobiologiste Natalia Rybczynski et ses collègues du Musée canadien de la nature à Ottawa, le chameau aurait commencé à rouler sa bosse il y a 3,5 millions d'années, une période où cette région bénéficiait d'un climat un peu plus doux qu'aujourd'hui.

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Plan rapproché d'un fragment d'os du chameau de l'extrême Arctique sur le sol au site Fyles Leaf Bed en 2008. Le fossile ressemble à du bois. Photo : Martin Lipman 

C'est l'analyse du collagène contenu dans l'os qui a permis aux scientifiques de l'attribuer à la famille des camélidés préhistoriques géants, et celle des échantillons de sol lui donne l'âge de 3,5 millions d'années. 

Ainsi, le chameau d'Ellesmere est le représentant le plus septentrional des camélidés connu à ce jour. 

La bête peuplait le Grand Nord durant la période chaude du Pliocène, lorsque la région était boisée et que les larges détroits de l'archipel arctique canadien étaient comblés par des sédiments. Durant cette période, la température moyenne annuelle y était environ 2 °C à 3 °C plus élevée qu'aujourd'hui, mais tout de même négative. 

De nos jours, l'île d'Ellesmere est presque dépourvue de végétation, le seul arbre qui y pousse étant un minuscule saule arctique. 

Cette découverte montre donc que l'ancêtre de tous les chameaux, dromadaires et lamas modernes ne serait donc pas né dans le Sahara, la péninsule arabique ou les Andes, mais en Amérique du Nord. 
« La famille des camélidés est née en Amérique du Nord, durant l'Éocène voici 45 millions d'années. » — Natalia Rybczynski 

Ces chameaux auraient ensuite migré jusqu'en Asie par une mince langue de terre qui reliait à ce moment les deux continents dans le détroit de Béring. 

Une autre partie de la famille aurait pris la direction de l'Amérique du Sud, où ses descendants vivent encore aujourd'hui : les lamas, alpagas et vigognes. 

Les fragments d'os retrouvés par l'équipe de chercheurs sont conservés dans l'édifice des collections et de la recherche du Musée canadien de la nature à Gatineau.

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Le détail de ces travaux est publié dans la revue Nature Communications.

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